« POLARS » : Autopsie d’un « genre »

Ce qui est toujours intéressant dans un roman, une nouvelle, une série, un film, un feuilleton, un dessin animé, une B.D. ou bien un manga de « Genre Policier » c’est l’immense diversité des résultats alors que les ingrédients de base sont on ne peut plus ordinaires, courants, simples et surtout répétitifs. Le « genre polar » c’est un peu comme une recette de cuisine très simple qui s’accommoderait de toutes les sauces possibles et imaginables : une recette et des milliards de sauce de quoi faire rêver tous les cuistots du monde…

Le parallèle entre « cuisine » et « littérature » n’est pas récent et, je crois, que pour le « genre polar » cette comparaison est encore plus juste et justifiée. Le « Polar » nécessite peu d’ingrédients et ceux-ci sont apparemment simples : un héros, une intrigue, un dénouement.

Nous voici réduit au « squelette » du « Polar ». Et, non ; je vous arrête tout de suite, la notion « d’intrigue » donne toute sa spécificité au « genre ». Il ne faut pas confondre la « trame » (pour tous les types d’écriture) et « l’intrigue » ; ce sont deux notions bien spécifiques.

Donc vous choisissez un « héros » : fadasse, piquant, épicé, alcoolisé, suret, acide, sucré etc.… il faut que ce personnage ait un « goût » clairement défini dès le départ, ensuite, il faut donner au lecteur le moyen « d’identifier » ce « goût » dès les premières lignes ; soit en décrivant le personnage principal, soit en décrivant un événement ou bien une rue qui permettra au lecteur de prendre immédiatement la « température des lieux ».

A quelle « température » le four ou bien la marmite ? Mijoté ou bien friture ? Rôti ou bien gratin ? Un bon vieux steak tartare peut-être ?

De quelle façon faire au mieux ressortir le « goût » fade ou épicé du personnage, grâce à quelle « cuisson » ?

Et on peut parfaitement laisser mijoté un personnage au caractère bouillonnant et épicé ou bien lancer dans une course poursuite effrénée un petit personnage falot et sans grand intérêt, parfois l’alliance des contraires, comme les mélanges culinaires « sucré-salé » font des merveilles, parfois non, il faut savoir « doser ».

Très important ça, le « dosage »…

Le « dosage » c’est tout simplement « l’intrigue » ; ce qui va « lier » ensembles les différents éléments pour leur donner de la consistance. Parler de « consistance » ne veut pas dire « détailler » à outrance, cela veut dire tout simplement donner de l’ampleur aux choix littéraires que vous avez effectués.

C’est à dire, si vous décidez de perdre un détective trouillard dans une histoire de bas-fonds sordides, il ne faut pas d’un seul coup nous parler des Jardins de Versailles… Ou alors, si vous le faîtes, vous devrez trouver le moyen de l’insérer sans que cela ne fasse cheveu gras dans la soupe maigre… Pas évident du tout donc, mais possible.

Et maintenant, le « secret », tous les cuisiniers ont des « secrets », celui d’un « Polar » c’est sa « chute », son « dénouement ». Un bon « Polar » surprend toujours son lecteur, que la surprise soit banale, classique, conventionnelle ou extraordinaire ne change rien, même les plus vieilles marmites peuvent encore faire de très bonnes soupes. Il ne s’agit pas ici de trouver la « meilleure fin », cela n’existe pas de toute manière ; mais de trouver la fin la plus adéquate pour votre histoire, encore une fois c’est la « cohérence » de l’ensemble qui fait tout l’intérêt d’un polar.

Même si vous racontez une histoire de fous furieux qui n’a ni queue ni tête, il faut qu’il y ait une « cohérence » interne au niveau de la construction de l’histoire et donc également dans sa chute comme dans les romans ou nouvelles de Philip K. Dick par exemple.

Vu l’importance du « dénouement » il est tout à fait possible d’écrire un polar en fonction de sa « chute », imaginée bien avant la naissance même du personnage principal et que ce soit en fonction de l’intrigue que l’on statue en dernier lieu sur le « goût » du personnage principal. Un polar c’est comme un puzzle finalement, ce qui compte c’est de parvenir à assembler toutes les pièces, peu importe celles par lesquelles on commence. Il ne s’agit pas ici de vous obliger à écrire dans un « carcan » mais tout simplement de vous aider à définir ce que peut être pour vous, un texte d’un Genre Policier, genre qui est immense et sans cesse en évolution et mutation. Donc « genre » très « libre », mais également très perturbant car peu « délimité ». Et contrairement aux apparences, se fixer une ligne de conduite précise et une certaine rigueur, sera, je le pense sincèrement, le meilleur moyen ensuite de s’amuser et de laisser l’imaginaire de chacun bouillonner et déborder de la casserole avec une délectation évidente et jubilatoire.

Historique en bref :

Que ce soit sous forme de romans ou de nouvelles, peu importe, le « polar » est un genre spécifique qui n’est pas né de nulle-part mais d’événements et de mutations sociales. Le Genre Policier ne cesse jamais de se nourrir du réel, de l’absorber, de le transformer, de le tamiser et de le passer sous l’alambic de nos angoisses les plus honteuses ou inavouables.

Certains situent l’avènement du « style policier » avec les meurtres de Jack l’Eventreur qui ont été totalement relayés, commentés et analysés par la Presse de tous les continents. Ces interventions journalistiques bien plus que des « articles » ont souvent pris la tournure de « chroniques », car au sein des faits, le reporter insérait sa propre vision des évènements et ses propres conclusions, ce qui amène donc une part de « fiction ». Et la « fiction » loin d’appartenir au domaine journalistique appartient au phénomène littéraire.

Autre phénomène intéressant, la Presse s’est mise à s’intéresser au travail de la Police car le public s’y intéressait, chacun se piquant de vouloir résoudre ce « mystère ».

De là est née toute une espèce de mythologie du « gentil reporter » qui résout des enquêtes au nez et à la barbe de stupides ou méchants policiers. Un personnage comme Tintin en est le parfait exemple et héritier, si l’on remplace le « p » de « Dupont » par un « c » on obtient tout de même « Ducon » et je suis convaincue que cela fut volontaire de la part de Hergé.

Le plus grand classique de cette veine littéraire c’est Rouletabille, héros du célèbre Mystère de la Chambre Jaune écrit par Gaston Leroux en 1908. A peu près à la même époque naît un autre héros : Sherlock Holmes, dont le parrain fut Conan Doyle. L’opposition entre Rouletabille et Sherlock Holmes est indéniable, la compétition entre les deux côtés de la Manche fonctionne même en littérature. Rouletabille c’est le jeune héros typiquement français qui sait allier raisonnement cartésien et intuition quasi féminine. C’est la grande époque du « magnétisme » et comme je l’ai dit tous les écrits du Genre Policier se nourrissent du réel.

Outre-Manche avec Sherlock Holmes c’est l’aspect scientifique qui est mis en avant, ne serait-ce qu’avec la présence du Docteur Watson.

Ce qui est amusant c’est que Sherlock Holmes est directement inspiré de la nouvelle école policière européenne, concrète et réelle celle-là, sous la houlette de la Méthode Bertillon qui était un savant français…

Encore une fois le Genre Policier se nourrit du réel et de l’actualité du moment présent et précis. Il peut transformer ou transgresser la réalité mais il s’en nourrit indéniablement.

Et enfin, un détective extrêmement célèbre qui tient autant du policier que du psychanalyste : Hercule Poirot, imaginé par Agatha Christie. Le Genre Policier absorbe les idées de la psychanalyse, les manipule et les simplifie de façon à les intégrer dans la fiction et les techniques de l’écriture. Aujourd’hui encore, notre vision du « détective » ou du « policier » est plus ou moins faussée par cette veine littéraire qui nous laisse fantasmer que tout bon policier qui se respecte, a des notions de psychologie, ce qui n’est pas toujours exact.

Le réel finit par être influencé par la fiction. Et c’est peut-être là tout le grand secret du succès sans cesse renouvelé du Genre Policier dans tous les pays du monde, sa prise directe d’avec le réel finit par donner l’illusion d’une fiction plus crédible que la réalité.

Dans un style un peu différent mais qui a su perdurer au travers du temps, c’est le « roman d’espionnage » qui a connu ses plus grandes heures de la fin des années 20 au début des années 70 et qui est issu d’une tradition encore plus ancienne que l’on retrouve dans des « feuilletons » (histoires racontées par épisode dans les journaux).

Aujourd’hui encore, tous les navets américains où un gentil héros tout seul sauve le monde sans l’aide de personne et meurt en silence ou disparaît, tel un ange anonyme se sacrifiant pour sa nation, sont clairement issus de cette veine littéraire et stylistique.

On y retrouve tous les canons du genre : le secret, le silence, le mensonge, la trahison, la solitude et La Mission (quasi divine). James Bond n’en est qu’un parmi des milliers d’autres, tous cuisinés sur le même modèle.

Il existait déjà des « James Bond » lors de la 1ere Guerre Mondiale et ce, dans tous les camps réunis et confondus mais ils portaient d’autres noms. Pour la littérature on a Tom Clancy, par exemple.

Et d’une certaine manière toutes les Bandes Dessinées mettant en scène des Supers-Héros, les X-Men et consorts en tête de classement, font référence aux canons de « l’espionnage » comme Genre.

L’apogée et la fin des romans d’espionnage c’est la Guerre Froide, bien évidemment, avec comme toile de fond idéologique : la xénophobie et la peur de l’Envahisseur, sous toutes ses formes… La Science-Fiction s’en est également donnée à cœur joie, les méchants extra terrestres étant souvent associés aux méchants communistes…

Avant de parler du « Roman Noir américain » qui est à proprement parler « Le Polar » j’aimerais préciser un petit aspect des choses. De tout temps les humains se sont intéressés au crime et à la mort. En fixant la date un peu arbitraire de l’Affaire de Jack l’Eventreur je ne veux pas pour autant faire oublier l’importance et l’influence qu’ont eu de tout temps sur les mentalités les grands meurtres de l’Histoire ou bien les Grands Criminels : Lucrèce Borgia, Néron, les Athéniens qui firent boire la ciguë à Socrate, les Rois et Reines qui s’entretuèrent, Néfertiti qui se suicida etc.

Tous ces noms faisaient rêver et chauffer les imaginaires des hommes et femmes de tous les siècles qui suivirent. Tenter de résoudre certaines de ces grandes énigmes était un passe-temps des plus nobles et des plus prisés par la noblesse et la bourgeoisie, en particulier de la Renaissance, puis du XVIIIeme siècle. Aujourd’hui encore, les romans policiers historiques poursuivent cet effort et cette mentalité : Ellis Peters, Robert Van Gullick, ou même Umberto Ecco et son célèbre Au Nom de la Rose sont les descendants de ce très vieux genre.

Seulement avec Jack l’Eventreur on assiste à la première naissance de ce que l’on va appeler « le fait divers » ; sous leurs yeux, au jour le jour, les gens suivent le plus passionnant des feuilletons : la réalité.

D’une certaine manière la « télé-réalité » n’est qu’une modernisation d’un vieux système qui a toujours fait recette : s’observer le nombril.

Et avec le « Roman Noir américain » on touche le fond du problème mais également on le dépasse pour toucher à la littérature et non plus à un genre littéraire. Avec le Roman Noir Américain le Polar s’engage, se fait militant politique et social ; il débauche la littérature conventionnel et met en évidence l’hypocrisie du système, la décadence de la Répression et met en exergue la « marginalité ».

Pour la première fois, tout un genre littéraire parle de la marginalité, la prenant même comme modèle d’existence et de pensée plutôt que comme bouc émissaire sans tomber, pour autant, dans son panégyrique. C’est dur, froid, morbide, réaliste et cynique : c’est « noir »… Terriblement noir, comme ces hommes et femmes qui ne peuvent s’asseoir dans les bus aux côtés des citoyens blancs… Sous la plume de ses écrivains l’Amérique se découvre sous un jour acide et sans concession qu’elle ne se connaissait pas forcément. En France c’est « Le Nouveau Roman » aux Etats-Unis c’est « Le Roman Noir » ; les deux se font écho d’une manière assez peu conventionnelle et très différente.

Insolent et sans tabou le Roman Noir Américain dépeint des alcooliques de tous les horizons sociaux, des gamines enceintes qui se font avorter en douce et qui en meurent la plupart du temps, les débuts de la drogue qui se met à envahir les rues comme une lèpre, les gangs qui s’entretuent etc. Mais tout cela n’est pas fait de façon à condamner, chaque personnage garde son humanité, mais une humanité glauque et lâche où l’on tue bien plus souvent par peur et appât du gain que par défi lancé à la société (ce qui serait la veine policière actuelle avec la façon dont sont décrits les « Tueurs en séries »)… Bref une vision du monde aux antipodes des romans d’espionnages et des anciens romans policiers où le glauque servait de « décor », où même les méchants se suicidaient à la fin pour ne pas être « déshonorés » et où les « gentils » n’ont pas d’autres défauts que ceux les rendant sympathiques au lecteur.

Dans le Roman Noir : le glauque c’est non seulement l’intrigue mais fréquemment le mobile, car, ce n’est plus seulement l’individu qui est jugé mais également la société toute entière. Si cette jeune-fille a tué cet homme c’est par ce qu’elle avait été violée par lui et que personne n’a rien dit et n’a rien fait : vous mériteriez tous d’être à ses côtés sur le banc des accusés… Cela fit bien évidemment scandale dans les années 50-60 mais cette vision du monde a fini par prendre le pas sur l’ancienne et aujourd’hui un écrivain qui écrirait à la mode Agatha Christie se verrait lynché par les critiques…

Le Roman Noir nous intéresse particulièrement car il a donné son essor à un genre qui nous intrigue la « Nouvelle Policière »… Et oui, c’est des Etats-Unis et des écrivains américains que la « nouvelle policière » s’est mise à déclencher les passions. Est-ce en souvenir d’Edgar Allan Poe que l’Amérique s’est de nouveau passionné pour le genre de la nouvelle ? C’est possible. En tout cas, la voici, la voilà, alors parlons-en !

* La Nouvelle Policière :

Le champ d’études est immense et sans cesse nourri par de nouveaux apports, que ceux-ci soient scientifiques ou bien psychologiques. Il est impossible de cadrer une nouvelle policière dans un ensemble généraliste, il y a trop de diversités, la seule « piste » sont les trois impératifs décrits au début ; et encore… Il existe des variations et de fausses-amies qui sont tout de même cataloguées comme « Nouvelle Policière » ou bien « Nouvelles à suspens ». Car le « Genre » existe bien depuis Agatha Christie par exemple ou même Gaston Leroux et Maurice Leblanc (l’auteur d’Arsène Lupin) mais le phénomène n’avait jamais pris l’ampleur atteinte lors de l’avènement et l’installation du « Roman Noir » comme Genre mondialement reconnu.

Au sein de la Nouvelle Policière réaliste les imaginaires et réalités sociales ont pu réussir à cohabiter de façon cohérente. Ce terreau a donné à la Nouvelle (et là pas que Policière) un essor phénoménal, laissant libre choix aux auteurs de privilégier l’un ou l’autre, ce qui n’était pas le cas pour des personnes comme Maupassant, Barbey d’Aurévilly ou Edgar allan Poe, qui devaient se cantonner au style onirique et angoissé du Genre qu’ils avaient fait naître et donc déterminé. La « Nouvelle Policière » se débarrasse de tous les anciens carcans et débrident ses contenus, élargissant tous les horizons littéraires en allant picorer dans toutes les assiettes mondiales.

Si l’on parle de la « nouvelle policière » actuelle on se rend compte que même les notions d’intrigues, de chutes et de personnages sont parfois totalement laissées de côté au profit d’une autre démarche. Certaines nouvelles policières ne contiennent aucun « mystère », il n’y a pas d’énigme à résoudre, mais reste présent une seule chose : le crime. Par exemple un avocat qui reçoit la confession de l’un de ses clients qui lui raconte en détails le ou bien les meurtres qu’il a commis. Ou bien une femme qui tue son mari et que l’on suit au fil des pages au fur et à mesure qu’elle met son projet à exécution. Ou encore un policier qui fait tout simplement son rapport de fin d’enquête.

En bref, les nouvelles policières ne cessent de s’échapper de leurs propres règles. Certaines n’ont même rien de « policières » elles se rapprochent beaucoup plus de la « narration d’un fait divers » mais sont tout de même considérées comme faisant parti du genre policier.

La promiscuité entre la réalité et le genre policier n’est pas récente et un « fait divers » c’est une expression de la réalité que l’auteur peut transformer et tirer vers la fiction tout à loisir. Certains romans policiers sont même tellement réalistes que la seule chose qui les distingue du « fait divers » ce sont les personnages ; cet état de fait est très visible chez Patricia Cornwell par exemple. Tous ses romans sont plus que réalistes, elle ne nous épargne aucun détail d’une autopsie, d’un cadavre en décomposition, même le nom des vers qui se nourrissent de nos chairs mortes nous est fourni etc. ; seuls les personnages donnent au roman une dimension « fictive », ce qui l’oblige à les détailler et à approfondir leurs relations personnelles.

Petit aparté. La série Xfiles est très certainement un excellent exemple de ce « réalisme-fiction » aux rouages très bien huilés. Ce que vivent les personnages de la série est tellement intense et incroyable que le seul moyen de donner à la série une certaine forme de « crédibilité » c’est de cesser d’être crédible. J’explique.

Si nous voulions coller à la réalité que nous donne à voir cette série, les deux héros auraient du être assassinés dès le second ou troisième épisode ou bien, comme tout être humain normalement constitué, ils seraient devenus fous.

Comme ce n’est pas le cas et qu’ils continuent à réussir à vivre, malgré tout, à peu près normalement, comme si une fois quittés leurs bureaux ils oubliaient tout ce qu’ils avaient vécu jusqu’au lendemain matin ; nous, dans notre fauteuil nous acceptons la « fiction » et nous acceptons tacitement de rentrer dans le « jeu ».

Mais petit effet pervers, loin de nous en amuser, nous finissons par prendre ce petit jeu très au sérieux, car le décalage entre la vie personnelle des personnages et le réalisme voulu de la série, nous finissons par « douter » et nous demander « Et si c’était vrai ? »

Bien évidemment nous savons que Scully et Mulder sont des personnages inventés mais nous finissons par nous demander si les péripéties qu’ils « vivent » n’ont pas un véritable fond de réalité… La série ne nous permettant pas de prendre assez de recul entre fiction et réalité, l’attitude schizophrène des deux héros et le réalisme des images et des dialogues génèrent une ambiguïté qui ne peut s’exprimer que par, non pas la remise en cause de la fiction, puisque nous savons que Xfiles est une fiction, mais par la remise en cause de la réalité elle-même.

Et comme depuis des décennies le Genre Policier véhicule cette idée constante que la « réalité dépasse la fiction » nous en sommes rendus à une panique primaire qui avait déjà fait des ravages au temps de la Guerre Froide, par exemple. Ce qui est intéressant avec cette série c’est que la fiction loin de desservir ses propos les rendent d’autant plus troublant et percutant et cela est intrinsèquement lié au Genre Policier, c’est de cette façon qu’il fonctionne et assure, en grande partie, son succès. Tout bon roman policier moderne, depuis le Roman Noir, fait « douter » le lecteur de la réalité, remet en cause les certitudes morales, sociales, éducatives et autres qui régissent la société et donc nous-même. Xfiles n’a fait que pousser le bouchon un peu plus loin en laissant supposer que la fiction est plus « réelle » que la réalité elle-même. Ce qui, en soi, n’a rien de si surprenant au vu de la façon dont le Genre évolue. Fin de l’aparté.

La Nouvelle Policière se débarrasse donc des codes du Genre et se met à la dérive en recherche de ce qu’elle pourrait bien encore déboussoler. Mais, une petite constante reste : l’image.

Essentielle cette petite notion. Une Nouvelle étant courte elle doit être percutante, rapidement, aller à l’essentiel, ne pas perdre de temps en description inutile. Pourtant, on peut difficilement écrire sans « décrire » ne serait-ce qu’un peu. Il faut donc que les « images » créées et suscitées par la Nouvelle soient précises, percutantes et allant à l’essentiel. Pour ce faire, rien de plus simple, la « caricature » et les « clichés » sont de mise.

J’aurais tendance à dire, et cette idée n’engage que moi, qu’une nouvelle policière c’est comme un polaroïd. Le jeu de mots n’est pas anodin. Un polaroïd c’est un appareil photo qui prend un « cliché instantané » c’est à dire qu’il prend la photo et la développe dans le même instant ou presque, il restitue immédiatement l’image qu’il vient de prendre.

C’est un peu ainsi que je conçois les nouvelles policières. L’écriture est un flash qui s’imprime immédiatement dans l’esprit du lecteur. L’image finale peut être floue ou bien très précise, peu importe. Le plus important réside dans le « cadre » ; c’est à dire l’espace clos et délimité qui s’imprimera sur la photo. Une nouvelle c’est ce petit morceau de paysage entre les deux bordures blanches du papier glacé. Le lecteur ne pouvant voir au-delà de l’image qu’on lui présente, l’auteur se doit de respecter la vision du lecteur en se concentrant au maximum sur sa « prise de vue ». Et la prise de vue, ce sont les choix littéraires du début. Malgré l’aspect « énigme » généralement présente dans les Nouvelles Policières il ne s’agit pas de perdre le lecteur et de le balader dans une jungle labyrinthique, mais à l’inverse de tenir un cadre précis et serré pour rendre la Nouvelle aussi proche que possible du lecteur. Il ne s’agit pas pour autant de se brider ou bien d’étrangler l’imaginaire, bien au contraire. Il s’agit simplement de refuser de « perdre de vue » l’essentiel et donc de laisser le lecteur patauger.

Une Nouvelle se doit d’être précise ; une Nouvelle Policière doit l’être encore plus. Et précision ne signifie pas non plus détails à outrance, c’est pour cela que l’essentiel réside très certainement dans le « cadre », le « décor » dans lequel on choisit de faire évoluer la Nouvelle.

Un bar, un bordel, une maison bourgeoise, une chambre de bonne, une rue, un trottoir, une terrasse de café, un supermarché… peu importe mais il faut choisir. Si votre Nouvelle Policière s’orchestre et s’organise autour d’un meurtre ayant eu lieu dans un parking il faut que le lieu ait de l’importance, soit décrit succinctement et sobrement, mais il doit « exister », avoir une véritable présence en très peu de lignes. Pareil pour les personnages nous devons les « voir » en quelques mots se dessiner sous nos yeux.

D’où l’utilité et l’utilisation des « clichés », des « caricatures » et des poncifs en tout genre qui aident à « cadrer » la Nouvelle sans la brider pour autant.

Le lien avec le cinéma et la télévision me semble par ailleurs tellement évident qu’à l’expliquer je crains de me répéter. C’est d’ailleurs, ce qui, à mon sens, a rendu si nombreuses les adaptations cinématographiques d’ouvrages classés dans le Genre Policier. Et le nombre de Nouvelles Policières ayant été écrites pour la télévision doit être énorme… Il suffit d’allumer sa télé et de voir le nombre de séries télévisées qui sont « policières »…

Fait amusant et étrange, les soirées de polars télévisés sont toujours le Vendredi… Et je me demande bien pourquoi… « Minuit heure du crime. » Vendredi jour de crime ? N’y aurait-il pas là une bonne dose de superstition moyenâgeuse puisque le Vendredi était le jour du Shabbat et que la coutume juive du Shabbat a donné naissance à la légende des sabbats de sorcières ? Nous sommes le Vendredi 11 Novembre à vos plumes !

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